La couleur : une histoire d’émotion

En France, on a cette expression « les goûts et les couleurs, ça ne se discute pas » qui signifie que l’appréciation de la beauté est subjective. Vouloir forcer quelqu’un a adhérer à ses goûts personnels est vain en effet. Mais comme pour beaucoup d’expressions de notre belle langue, on a tendance à en déformer le sens. On pourrait penser que l’appréciation de n’importe quelle couleur dépend de nos goûts, rien de plus.

En vérité c’est une idée reçue, bien ancrée dans l’imaginaire collectif mais assez fausse néanmoins. La couleur ce n’est pas une histoire de goût, c’est une histoire d’émotion.

Une information cognitive


Lorsque je choisis une typographie, je la choisis pour donner le ton de mon message. Je ne vais pas exprimer le même ton en utilisant une sans serif et une script par exemple : 




Et bien avec les couleurs, c’est pareil. La couleur est une information visuelle, captée par notre œil et analysée par notre cerveaux. Et au même titre qu’une forme ronde nous apaise plus qu’une forme pointue, une couleur va nous faire  réagir d’un point de vue sensoriel. 




Et c’est pourquoi en médecine et en design, on emploie des outils très proches. Tandis qu’en neuroscience et en psychothérapie, on utilise la roue de Plutchik (ou roue des émotions de Genève), on utilise en design le cercle chromatique de Johannes Itten. 




Ce peintre suisse des années 50 a inventé le cercle chromatique qu’on connait aujourd’hui -et qu’on utilise toujours- en se basant sur les théories de la couleur de Kandinsky.

Les couleurs froides qui s’opposent aux couleurs chaudes par exemple, c’est lui. 



Et le principe des couleurs complémentaires c’est lui aussi. 




La symbolique culturelle


La couleur est aussi culturelle, il ne faut pas l’oublier. Une couleur, ça porte un bagage historique énorme sur ses toutes petites épaules. Et d’un pays à l’autre, elle prendra une signification sensiblement différente. En France, on se marie en blanc ; au Japon, on fait le deuil en blanc. Mais ce qui est intéressant à relever, c’est que le blanc évoque la pureté pour tout le monde.

Tout est une question de contexte.



Le choix de la couleur


Au même titre qu’iel va choisir les formes, la composition et la typographie, le designer va également choisir les couleurs.

Mais le designer ne travaille pas pour lui, iel travaille pour un public, pour ceux qui vont vivre une expérience utilisateur à partir du travail qu’iel a produit. Ainsi le choix de la couleur n’est pas fait en fonction de ses goûts personnels, ni de sa culture.


La bonne couleur, c’est celle qui va être pertinente pour un sujet précis. C’est celle qui va créer une émotion cohérente avec le contexte dans lequel on l’emploie.


La bonne couleur, c’est celle qui va créer du sens pour notre cerveau.

© 2020 Sandra Muller

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